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Sur la route avec le Christ

Les Jesus Freaks

NOYE JEAN-CLAUDE - Publié le 1 juillet 2009 - Prier n°313


L'annonce de l'Evangile prend parfois des chemins inattendus. Tels ceux des Jesus Freaks, un mouvement chrétien alternatif. Dans les festivals, les squats, les éco-villages, les communautés, ces témoins de la foi vont à la rencontre des marginaux.

Le salon tient lieu d'espace de prière. Le salon ? Un mini espace en mezzanine, au fond d'un bus blanc aménagé en appartement de fortune. Drapeau aux couleurs pastels surmontés de l'inscription «Peace». Affiches et cartes postales suggestives comme celle qui proclame : «Free with Jésus». Un petit poêle à bois, quelques étagères recouvertes de bouquins dont celui, inattendu, du théologien protestant Jacques Ellul : Anarchie et christianisme. Installés sur une banquette clic-clac ou sur un fauteuil hors-d'âge, Alexandre, son épouse Marie et leur ami Yannick s'accordent un temps de recueillement. Une demi-heure de silence à peine rompu par les gémissements de Pierre-Couleur, le fils de Marie et Alexandre qui émerge de sa sieste. Bientôt Yannick lit un passage de l'Evangile de Jean. Puis chacun donne son interprétation du texte, la relie à son vécu, à ses attentes. Marie exprime d'une voix posée son interrogation : ne doit-elle pas témoigner avec plus de force de sa foi au Christ auprès de tous les paumés que tous les trois ont accueillis ce week-end, pendant les «24 heures du punk» ? Un festival qui s'est déroulé dans les Cévennes, en pleine nature, près d'Anduze. «La plupart des participants étaient tellement drogués ou alcoolisés qu'ils ne se nourrissaient plus, explique la jeune femme. Nous leur avons offert à boire et à manger. A chaque repas, on avait 15 personnes à table. Ils savent qu'ils peuvent se poser chez nous sans être jugés, en confiance. A la longue et par le bouche à oreille, les gens nous connaissent.»

Un slogan : «Vivre ses rêves avec Lui et non pas rêver sa vie.»

Comme Rimbaud, le génial poète aux semelles de vent, la petite équipe mène la vie errante. Alexandre Sokolovtich, 31 ans, a été conseiller principal d'éducation dans un établissement catholique. Sa femme, Marie, 26 ans, a, elle, exercé le métier d'infirmière. Quant à Pierre-Couleur, il a l'innocence d'un adorable bambin d'un an. Le couple aurait pu mener une vie rangée. Mais il n'a pas su résister à l'appel du grand large. Sur les routes, il a sympathisé avec Yannick, 26 ans, paysagiste de formation, qui a pour toute maison son camping-car. «On a toujours été proches du monde alternatif. Un jour, on a décidé de rompre avec la société de consommation, de vivre la simplicité volontaire, en allant à la rencontre des gens : dans les festivals, les squats, les éco-villages, les communautés», souligne Alexandre. Et de préciser leur filiation : ils sont «Jesus Freaks». Freak, un mot anglais pour signifier marginal, excentrique, à contre-courant. Comme les fols-en-Christ de la Russie orthodoxe, eux aussi itinérants, les Jesus Freaks sont, en somme, des fous de Dieu. A leur manière très contestataire et très libre. Anarchisme oblige, ainsi que l'atteste leur sigle - enchâssant le «A» de ralliement des libertaires et l'apha et l'oméga bibliques - qu'arbore le bus blanc des Sokolovitch et la veste de treillis d'Alexandre. Un seul maître donc : le Christ. Et une seule règle : «Vivre ses rêves avec Lui et non pas rêver sa vie». Né aux USA, dans l'élan insurrectionnel des années 1960-70, puis récupéré par les évangéliques, ce mouvement est reparti de plus bel à Hambourg, quand, en 1991, des punks et des hippies, touchés par Jésus, prirent pour habitude de se retrouver dans un appartement afin de prier et «passer du temps avec Dieu». Beaucoup de ces marginaux confient avoir expérimenté alors la visite de l'Esprit Saint qui les mit «KO» et les délivra de la drogue. Mais ne les fit pas, pour autant, rentrer dans le rang ni rejoindre l'une ou l'autre Eglise.

«Nous voulons être avec ceux qui ont le plus besoin de nous.»

Héritiers de ce refus de «l'embrigadement ecclésial» (mais peut-on être chrétien sans se rattacher à la tradition apostolique ?), Alexandre, Marie et Yannick n'en aiment pas moins se plonger régulièrement dans l'atmosphère priante ou studieuse de lieux aussi divers que les Foyers de charité, la communauté de Taizé, le Chemin Neuf ou encore l'Arche de Lanza del Vasto. Sans oublier l'école biblique de Kolding, au Danemark, et la faculté libre protestante de Montpellier, où ils ont fait escale quelques mois. De quoi nourrir leur foi et repartir sur les routes avec un enthousiasme nouveau en bandoulière. «Comme sœur Emmanuelle auprès des chiffonniers du Caire ou l'abbé Pierre au milieu des sans-abris, fait valoir Yannick, nous voulons être avec ceux qui ont le plus besoin de nous». Avec les rebelles en tout genre, entre crânes rasés ou longs cheveux hirsutes, fringues babas ou panoplie de cuir, en partageant leur mode de vie bohème. Pour mieux leur «dire» Celui qui les aimante. Pas tant par la parole (prédicante) - au risque de se heurter à un mur d'incompréhension ou d'hostilité - que par leur présence amicale et le témoignage bonhomme de leur existence. Le simple fait qu'Alexandre et Marie soient mariés et fidèles, qu'ils vivent pauvrement (ils refusent le RMI et dépensent moins de 4 000 € par an) sans pour autant être camés ou alcooliques, suffit souvent à interpeller ceux qui viennent les rencontrer. Et, tôt ou tard, confient leur détresse. Vide abyssal que nul amour vrai n'a jamais comblé. Ni celui de parents trop absents ou destructurés. Ni même celui de Dieu. C'est sa tendresse discrète et unanime que nos apôtres nouveau style veulent simplement partager.

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